Les éléments en Géomancie

Si votre curiosité vous porte à parcourir la littérature géomantique de tous les âges, vous vous rendrez rapidement compte qu’il existe une quantité à peu près aussi importante de livres sur le sujet, que de propositions de classement des Figures selon leurs éléments en corrélation.

Or puisque notre sujet est l’apprentissage pratique de la Géomancie, il est primordial de clarifier cette question dès le prime abord, celle-ci étant au cœur du travail de divination et d’élucidation du message véhiculaire renfermé en chaque Thème.

Avant d’en venir au résultat de mes recherches, j’aimerais partager avec vous les principales pistes qu’il m’a été donné de suivre pour quelques temps seulement, et qui sont sans doute utiles à évoquer dès lors qu’il s’agira ensuite d’exposer ma propre démarche ; (je me contenterai de signaler les plus importantes par souci de concision).

Une première voie d’exploration m’a conduit à classer les Figures en fonction de leurs points actifs (impairs, uniques). Dans ce modèle, les Figures d’un même élément partagent toutes un point dans la ligne correspondante, à l’exception de Populus c’est évidence, Figure composée de bipoints seulement. Selon cet arrangement des Figures, nous obtenons la distribution suivante :

Figures de l’élément Feu :

Notez sur ces Figures que la voie d’Eau est barrée, signifiant formellement l’opposition des éléments (Feu – Eau).

Figures de l’élément Terre :

Figures de l’élément Air :

Notez sur ces Figures que la voie d’Air est barrée, signifiant formellement l’opposition des éléments (Air – Terre).

Figures de l’élément Eau :

J’ai longtemps adopté cette manière d’ordonnancer les Figures de Géomancie, jusqu’à me rendre compte que ce modèle résistait mal à l’expérimentation pratique. L’élégance mathématique et la beauté formelle ne sont pas tout, et peuvent parfois conduire l’aspirant géomancien à des hypothèse très séduisantes sur le plan théorique, mais totalement ou au moins partiellement inopérantes en pratique.

Il m’était par exemple pénible de reconnaître à Fortuna Major, Figure solaire et rayonnante parmi toutes, une nature de Terre ; ou à Puella, Figure de passivité et de langueur docile, une même identité de Terre, en contrariété dans les deux cas avec le sens classique desdites Figures.

Finalement, la mise en oeuvre opérationnelle de cette séquence a fini par me coûter plus de désagréments que de bienfaits, qui par bien des aspects, entrait massivement en conflit avec mon intuition et mon ressenti sur les Figures. Je dois reconnaître toutefois qu’il s’agit de la meilleure proposition qu’il m’ait été donné d’apprécier, si je ne retiens comme seul critère, la pertinence des correspondances établies entre le sens des Figures, et leurs éléments en analogie.

Une tout autre tentative de classer de manière logique et rationnelle les Figures de Géomancie, elle aussi très répandue, consiste à établir une analogie entre le graphisme de celles-ci et le symbolisme classique des éléments. Dans cette manière de concevoir les choses, il est important de fixer le postulat de départ selon lequel le Feu est symbolisé par un trait vertical, l’Air par un triangle évolutif (point dirigée vers le haut), la Terre par un carré, et l’Eau par un triangle involutif (pointe dirigée vers le bas).

Dès lors, et en ne considérant que les points de tête et de cœur des Figures, il devient possible de les ordonner selon qu’elles forment en leurs rangs supérieurs l’une parmi les formes précitées :

De ce second mode de ventilation des Figures, il se dégage instantanément une forme d’évidence arithmétique semblant couper court à toute forme de discussion quant à sa validité formelle. Pourtant cette autre suite pose à nouveau tout une série de problèmes insurmontables, le sens des Figures entrant là encore frontalement en collision avec les natures élémentaires associées. Prenons à titre d’illustration la Figure Rubeus, symbole par excellence du Feu, de l’éruption et du sang, et qui se retrouve de la nature de l’Eau selon ce classement, ou encore la Figure Carcer, évocation exemplaire de claustration immobile, et qui échoue ici en nature aérienne. Les associations peinent à trouver leur sens, et contreviennent à l’intuition directe et immédiate, ce qui finit par nuire au travail d’interprétation.

Bien entendu certains détracteurs me rétorqueront qu’il est toujours possible en cherchant bien, de trouver des motifs valables à ces étrangetés, voire d’évoquer une symbolique plus hermétique encore, ou un niveau d’élévation encore plus subtil, susceptible d’expliquer ces contradictions qui ne le seraient dès lors qu’en apparence. J’entends bien cet argument que j’ai moi-même exploré de fond en comble, et je me garderai bien ici de toute forme de généralité, ou de toute présomption à me prévaloir d’une vérité universelle, admise une fois pour toutes.

Simplement en bon artisan de la géomancie, il me fallait inventer un outil adapté à ma pratique, valable en toutes circonstances, et capable de s’adapter à toutes les extensions symboliques, sans jamais trahir, ni se démentir. C’est alors que je décidai d’explorer mes propres distributions de Figures géomantiques, tentant de réconcilier avec une exigence absolue le sens et la forme. De ce travail qui s’est étalé sur plusieurs années, j’ai fini par adopter la série qui est reproduite au cœur de la Rosace Géomantique.

Pour composer cette série, j’ai étudié attentivement les suites remarquables de Figures, autrement nommées Tasakin, prélevées pour la plupart dans des manuscrits de géomancie arabes , et utilisées jadis comme grilles de lecture fonctionnelles lors de l’interrogation divinatoire. J’ai notamment approfondi leur mode de constitution et leurs formidables propriétés mathématiques, jusqu’à parvenir à cette séquence particulière ; (dont il serait impossible de résumer ici le développement complexe).

En soi, cette suite de Figures possède donc tout une série de caractéristiques qui la rendent unique, mais ce n’est qu’une part mineure de sa qualité. Ce qui en fait un merveilleux outil à l’usage, c’est la concordance parfaite de sens entre la symbolique des Figures, des Demeures, des éléments, et des planètes. Ainsi, il serait possible de détailler chaque association entre ces quatre composantes parfaitement ordonnées dans le Thème, et de se réjouir du parfait alignement de sens du tout, et de se parties.

Or il ne saurait s’agir d’une simple coïncidence, et si vous y regardez de plus près encore, vous remarquerez que chaque Figure additionnée à celle qui lui succède dans leur ordre d’apparition donne toujours la Figure Acquisitio. Il s’agit-là d’une clé de construction à la fois simple et imparable, et que je considère au-delà de la congruence de sens déjà relevée, comme une validation formelle absolue.

Il pourrait bien entendu m’être ici opposé qu’il ne s’agit que d’une vision personnelle des choses, et que l’on finit toujours par trouver ce que l’on cherche, quitte à tordre un peu la réalité des choses pour la faire ressembler à son désir secret. A cela je répondrai par une absence de prétention déjà mentionnée de détenir la vérité. Tout ce que je peux énoncer à date, c’est que ce système est sur un plan théorique, pratique et pragmatique, le plus fiable et le plus fidèle à toutes les données d’analogie qu’il m’a été donné de consulter, ce qui en fait d’après moi l’outil le plus efficace et le plus naturel en matière de consultation divinatoire.

Le lecteur me pardonnera ce long et fastidieux développement de ma pensée. Je tenais toutefois à bien faire comprendre la genèse de cet ordonnancement particulier des Figures, lequel nous servira de guide et de point de repère lors de toutes les opérations d’interprétation ultérieures. J’encourage d’ailleurs quiconque à méditer sur la Rosace Géomantique, et à tenter de la prendre en défaut de sens. Vous constaterez bien vite la parfaite harmonie de sa constitution et de ses correspondances.

Les réactions élémentaires

Peut-être vous demandez-vous à ce stade de notre étude, ce qui peut bien justifier une telle exigence dans la fixation des natures élémentaires. Pour répondre simplement à cette question, il suffit de se rappeler qu’en géomancie :

  • La Demeure (élément passif) désigne l’un des douze domaines existentiels classiques ; (argent, amour, maladie, travail, etc.).
  • La Figure (élément actif) charge ce domaine d’une somme d’influences liées à ses propres analogies de sens ; (prospérité, pénurie, guérison, abattement, réussite, déperdition d’énergie, etc.).
  • Le rapport élémentaire entre les deux objets module, c’est-à-dire atténue ou amplifie, les effets imprimés par la Figure sur sa Demeure en occupation, en bien comme en mal.

Les éléments dans cette perspective de l’interprétation géomantique constituent donc un facteur important dès lors qu’il s’agira de nuancer les interactions subtiles à l’oeuvre entre une Figure et sa Demeure, de même qu’entre plusieurs Figures, lesquelles réagiront ensemble selon les mêmes constantes, et à l’identique.

Ce qui vient d’être énoncé toutefois ne saurait endosser de valeur définitive, et aucune règle jamais se substituera à votre intuition et votre esprit critique. Entendez bien ce secret qu’aucun Géomancien jamais ne confesse à ses élèves : l’intuition et la créativité doivent toujours primer sur la règle. Interpréter, c’est raconter une histoire, c’est écouter ce guide intérieur vous souffler à l’oreille les mots justes, ceux-là même que votre Consultant a besoin d’entendre pour se reconnecter à lui-même.

Ainsi et à force de pratique, vous vous surprendrez à déformer, à réformer parfois, et surtout à inventer vos propres règles ; ne réfutez pas cette tentation de laisser votre esprit, l’Esprit, s’exprimer aussi directement que possible, laissez progressivement le raisonnement devenir un automatisme, pour qu’enfin s’opère une parfaite résonance avec le Thème, dans une syntonie presque aussi parfaite avec l’Oracle.

Chaque individu est unique, et il existe probablement autant de géomancies que de géomanciens. Selon votre héritage spirituel, moral et culturel unique, vous verserez dans la Géomancie vos propres sources d’inspiration, et tracerez votre voie d’apprentissage, avec patience et humilité.

Cette réserve étant entendue, vous pourrez vous inspirer des règles d’usage qui vont suivre pour vous orienter aux premiers temps de votre instruction, et qu’il vous incombera d’affiner avec l’expérimentation empirique.

Il existe donc quatre type principaux de rapports élémentaires :

  • Affinité élémentaire : Les bons ou les mauvais effets de la Figure sont amplifiés.
  • Accord élémentaire : Les bons ou les mauvais effets de la Figure sont conservés.
  • Dysharmonie élémentaire : Les bons ou les mauvais effets de la Figure sont atténués.
  • Contrariété élémentaire : Les bons ou les mauvais effets de la Figure sont renversés ; (inversion de phase).

Ce qui nous donne l’ensemble des combinaisons élémentaires suivantes, qu’il vous faudra retenir et acquérir, en sorte qu’elles vous deviennent presque automatiques et instantanées dans leur appréciation :

  • Le Feu :
    • Se nourrit du Feu.
    • S’accorde avec l’Air.
    • S’oppose à l’Eau.
    • Est indifférent à la Terre.
  • L’Air :
    • S’accorde avec le Feu.
    • Se mélange avec l’Air.
    • Est indifférent à l’Eau.
    • S’oppose à la Terre.
  • L’Eau :
    • S’oppose au Feu.
    • Est indifférente à l’Air.
    • Se mêle à l’Eau.
    • S’accorde avec la Terre.
  • La Terre :
    • Est indifférente au Feu.
    • S’oppose à l’Air.
    • S’accorde avec l’Eau.
    • S’amalgame avec la Terre.

Au-delà de simplement interpréter le sens des Figures, vous avez désormais entre les mains un outil supplémentaire vous permettant de faire varier l’intensité de la qualité, bonne ou mauvaise, de celles-ci, et de leurs significations associées.

Dans ma pratique, j’aime dépasser le raisonnement binaire, et chercher à ressentir l’effet de ces accointances élémentaires pour « sentir » ce que cela peut signifier dans le contexte particulier d’une question posée à l’Oracle.

Ainsi et plutôt que de m’en tenir au lien logique créé à partir de deux éléments, j’essaye de me « figurer » littéralement l’effet de leurs interactions naturelles :

  • Le Feu dessèche la Terre, embrase l’Air, dissocie l’Eau.
  • La Terre atténue le Feu, exhale l’Air, trouble l’Eau.
  • L’Air attise le Feu, disperse la Terre, soulève l’Eau.
  • L’Eau combat le Feu, fertilise la Terre, obscurcit l’Air.

Et d’écouter ce que m’inspire la rhétorique tirée de leurs combinaisons à l’oeuvre dans le Thème :

  • Feu de Feu, Feu de Terre, Feu de Vent, Feu d’Eau.
  • Terre de Feu, Terre de Terre, Terre de Vent, Terre d’Eau.
  • Vent de Feu, Vent de Terre, Vent de Vent, Vent d’Eau.
  • Eau de Feu, Eau de Terre, Eau de Vent, Eau d’Eau.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’étude des éléments et sa portée symbolique dans une prochaine section.

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